Président audacieux et excellent lecteur du marché, Pablo Longoria a longtemps donné le sentiment qu’il pouvait faire grandir cet OM. Mais entre instabilité chronique et gestion très émotionnelle, son mandat laisse l’image d’un projet jamais vraiment fixé dans la durée. Le point de vue d’un supporter.
Il y a des bilans qui refusent d’être simples. Celui de Pablo Longoria à l’OM est de ceux-là. Ni fiasco, ni réussite franche. Un mandat qui a produit des podiums et des désillusions, des coups de génie et des erreurs d’architecture, de l’énergie à revendre et très peu de fondations solides. Un président brillant dans l’instant, moins convaincant dans la durée. L’histoire d’un homme qui voyait plus vite que les autres, mais qui a peut-être fini par aller trop vite pour son propre projet.
Le mercato, son terrain de chasse
Il faut commencer là, au risque de faire le procès trop facile. Longoria n’était pas un président ordinaire. Il avait une capacité rare à flairer des profils, à activer des réseaux là où d’autres ne voyaient que des portes fermées, à convaincre des joueurs ou des entourages auxquels un club sans Ligue des Champions ne pouvait normalement prétendre.
Sous son mandat, l’OM a retrouvé le sentiment qu’il pouvait encore peser sur le marché européen. Longoria nourrissait cette conviction d’un club qui n’a pas à s’excuser de ses ambitions face aux plus grands. Avec lui, aucun dossier ne semblait impossible, si ce n’est financièrement. Il pensait vite, voyait les coups avant les autres et vivait le mercato comme un terrain de conquête où l’OM avait toute sa place. Il redonnait au club l’allure d’un club qui compte.
Cette compétence mérite d’être reconnue pour ce qu’elle vaut. Elle explique en bonne partie les podiums et aussi, pour une large part, le crédit dont il a joui pendant plusieurs saisons.
Des résultats avec des moyens confortables
Quatre saisons complètes, trois podiums. Dans l’histoire récente du club, peu de présidents peuvent en dire autant.
Reste qu’il faut remettre ces résultats à leur juste place. Longoria a travaillé avec le soutien financier considérable de Frank McCourt. Convaincre son actionnaire d’investir faisait partie de ses attributions, et il y est parvenu. Mais il a aussi bénéficié d’une manne que peu de présidents marseillais avaient connue avant lui. Son mandat ne s’est pas exercé dans l’austérité.
L’aspect économique reste difficile à évaluer. Si l’Espagnol a semblé optimiser les moyens dont il disposait, leur maîtrise n’apparaît pas toujours clairement. L’exercice comptable 2024-2025 ferait apparaître un déficit colossal de 105 millions d’euros. Un chiffre qui donne le vertige.
La saison 2025-2026 s’annonce plus équilibrée, portée par la Ligue des Champions et les transferts de Darryl Bakola et Robinio Vaz. Pour autant, le critère financier a pu peser dans la décision de Frank McCourt de l’écarter.
Le mouvement permanent comme religion
Rater des transferts, ça arrive. À Marseille, beaucoup de présidents avant Longoria y ont laissé des plumes. Ce n’est pas là que se situe le vrai problème. Il tient plutôt à une certaine manière de diriger.
À chaque mercato, l’Espagnol en faisait plus que nécessaire. Cette logique a offert des étés agités, parfois grisants. Mais elle a aussi installé une forme d’instabilité permanente. Dès qu’un semblant d’équilibre apparaissait, il pouvait être balayé par une nouvelle opportunité. Dès qu’un joueur s’installait, son avenir redevenait incertain. Dès qu’un cycle semblait pouvoir durer, il était interrompu.
Or une équipe de football ne se résume pas à une addition de valeurs marchandes. Elle a besoin de répétition, de repères et de confiance. Le talent ne suffit pas. Il faut du temps. Et ce temps, Longoria ne l’a jamais vraiment laissé. Le football ne pardonne pas ceux qui brûlent les étapes.
Le paradoxe de Longoria, c’est qu’il a souvent donné l’image d’un président moderne, presque en avance sur son temps, alors que sa méthode reconduisait un défaut très ancien : le court-termisme. Beaucoup d’idées, beaucoup d’intuition et beaucoup de coups, mais si peu de temps laissé aux choses pour exister.
Les hommes qu’on a faits, puis défaits
À son arrivée (comme président), voilà l’effectif qu’il avait pris en mains :
Steve Mandanda, Yohann Pelé, Fabio Vanni, Simon Ngapandouetnbu, Duje Ćaleta-Car, Leonardo Balerdi, Álvaro González, Lucas Perrin, Aaron Kamardin, Jordan Amavi, Christopher Rocchia, Yuto Nagatomo, Pol Lirola, Bouna Sarr, Hiroki Sakai, Boubacar Kamara, Maxime Lopez, Oussama Targhalline, Morgan Sanson, Valentin Rongier, Pape Gueye, Michaël Cuisance, Kevin Strootman, Olivier Ntcham, Paolo Sciortino, Luis Henrique, Cheick Souaré, Dimitri Payet, Saîf-Eddine Khaoui, Ugo Bertelli, Nemanja Radonjić, Marley Aké, Florian Thauvin, Arkadiusz Milik, Darío Benedetto, Valère Germain et Bamba Dieng.
Cela paraît aujourd’hui très lointain. Un seul joueur de cette liste est encore là aujourd’hui. Sur cinq saisons, le nombre de mouvements a dépassé les deux cents. Certains départs ont laissé un goût amer, alors qu’ils auraient certainement pu rester quelques années de plus. Leur absence s’est faite sentir par la suite. Adrien Rabiot, bien sûr, mais aussi Steve Mandanda ou Mattéo Guendouzi.
Longoria a aussi beaucoup misé sur les paris, avec un taux de réussite finalement assez réduit.
2025-2026, saison de rupture
L’été dernier, tout semblait en place pour enchaîner une deuxième qualification en C1. Les concurrents étaient en retard dans la construction de leur effectif. Dans un projet annoncé sur trois ans, la logique aurait été de préserver l’ossature, en corrigeant à la marge. Le mercato a pourtant été plus agité que prévu, brisant la dynamique lancée lors de la première saison de Roberto De Zerbi.
Ces derniers mois, les dirigeants ont parfois donné le sentiment de devenir eux-mêmes le grain de sable qui enrayait la machine. Roberto De Zerbi, entraîneur impulsif par nature, avait besoin d’un cadre pour canaliser ses excès. Ni Pablo Longoria ni Medhi Benatia ne lui ont vraiment apporté cela.
Le technicien italien avait tendance à s’emporter en conférence de presse, multipliant les déclarations qu’il regrettait ensuite. À chaud, il pouvait aussi se montrer trop dur avec ses joueurs, au risque d’abîmer la dynamique du vestiaire. Sur l’affaire Rabiot-Rowe, il ne les a pas défendus immédiatement. Il semble l’avoir compris trop tard : ses dirigeants, eux-mêmes guidés par l’émotion, avaient déjà acté la fin de l’aventure du Français.
Le début d’aventure de Rabiot à Milan dit beaucoup de ce que l’OM a perdu (le Milan AC, 8e en 2024-2025, est aujourd’hui 2e). Entre son brassard porté au Parc des Princes dans un contexte hostile et l’attachement qu’il semblait avoir développé pour le club, tout indiquait qu’il pouvait être le patron de cette saison.
Un OM trop centré sur son président ?
Un club ne peut plus reposer sur un seul homme. Le turnover incessant n’a pas concerné que les joueurs, mais aussi l’organigramme. Certains dirigeants ont été écartés presque aussi vite qu’ils avaient été installés. Longoria a longtemps incarné l’OM à lui seul ou presque. Or un club ne tient pas durablement sur une seule tête, aussi brillante soit-elle.
Cette personnalisation a sans doute rendu le club plus nerveux, plus dépendant des intuitions du sommet et plus exposé aux emballements internes. Quand un président donne le sentiment de tout porter, ses propres limites finissent par se diffuser à l’ensemble du club. La venue de Medhi Benatia répondait sans doute à un besoin de rééquilibrage, mais l’ancien défenseur ne s’inscrit pas dans la durée.
Longoria a malgré tout apporté des ajustements utiles, notamment sur des postes figés depuis longtemps. Mais il a en revanche échoué à faire émerger une vraie dynamique autour du centre de formation, malgré les contre-exemples que représentent Robinio Vaz et Darryl Bakola.
Un management immature ?
Les qualités de Longoria ont aussi nourri ses limites. Par sa fougue, il a apporté de l’énergie et de l’ambition à l’OM. Mais cette même intensité s’est souvent accompagnée d’un manque de recul dans les moments importants.
L’affaire Rabiot, son craquage sur l’arbitrage ou encore la gestion de la réunion avec les supporters en septembre 2023 en sont autant d’exemples. Autant de séquences qu’un président plus serein aurait sans doute abordées avec davantage de distance.
Il ne s’agit évidemment pas de dédouaner l’environnement. Certains groupes de supporters alimentent clairement la pression et l’instabilité autour du club. Certains médias, eux aussi, ont leur part de responsabilité. Mais le problème ne venait pas seulement de l’extérieur.
Cette saison, alors que l’équipe était encore sur le podium, le club a donné l’image d’une structure qui se délite de l’intérieur. L’entraîneur est parti en pleine tempête, suivi par la direction sportive. À un moment où leur rôle était justement de tenir et d’absorber les tensions, ils ont choisi de se retirer.
C’est précisément là que la question de la responsabilité se pose. Assumer, ce n’est pas partir quand la tension monte. C’est rester, absorber, corriger et défendre ce qui tient encore.
Dans ce contexte, Pablo Longoria n’a pas su incarner l’apaisement qu’exigeait sa fonction. Sa crédibilité s’est peu à peu érodée.
Le paradoxe Longoria
Longoria n’a pas échoué par manque d’idées. Il a donné l’image d’un président très intelligent, très informé, presque suréquipé pour la fonction. Mais cet hyperactivisme a eu son revers. À force de voir partout des opportunités, on finit par sous-estimer la valeur de ce qui dure. À force de penser plus vite que le temps d’un collectif, on finit par casser ce que l’on aurait dû laisser mûrir.
Ce qui restera de lui à Marseille, ce n’est donc pas seulement une liste de recrues, de départs, de crises ou de podiums. C’est une contradiction. Il a redonné de l’allure au club sur le marché, sans lui offrir de véritable continuité sportive. Il a su créer du désir, visible jusque dans les affluences du Vélodrome, sans jamais installer de stabilité. Il a bousculé certaines habitudes sans vraiment bâtir une structure capable de résister au temps, aux tensions et aux périodes difficiles.
Longoria part avec des réussites réelles. Il laisse aussi l’image d’un OM nerveux, instable, parfois soupçonneux, et surtout inachevé. C’est peut-être le mot le plus juste : inachevé. Il y avait les idées, les moyens, parfois même du génie. Il a manqué le reste : de la patience, du recul et cette capacité à laisser un collectif mûrir sans l’interrompre.
Rien ne dit que l’OM trouvera un meilleur président. C’est ce qui rend son passage encore plus frustrant.
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