Dans cet OM, les murs sont en papier. Ce qui gronde dehors finit par exploser dedans. Roberto De Zerbi, qui se piquait chaque semaine de critiques auxquelles il n’aurait jamais dû prêter l’oreille, en savait quelque chose. Comme lui, cette saison, chaque acteur du club semble marcher avec du vacarme dans la tête.
En ce début d’année, la rupture entre les tribunes et ceux qui gouvernent paraissait évitable. Elle s’est pourtant creusée, sur fond de crise sportive et après le départ de l’entraîneur. Medhi Benatia et Pablo Longoria, engagés depuis l’été dans une politique à haut risque, n’ont pas jugé utile de prendre la parole. Or ce silence n’a protégé personne, peuchère.
L’affaire Rabiot-Rowe, point de bascule
Le 15 août, Adrien Rabiot et Jonathan Rowe se sont mis quelques gifles dans le vestiaire. Une altercation née d’un mauvais résultat, le genre de scène qui arrive partout et qui, le plus souvent, se règle entre quatre murs avant de s’effacer au prochain entraînement.
Celle-ci n’a pas suivi ce chemin. En conférence de presse, puis dans les jours qui ont suivi, Roberto De Zerbi n’a pas couvert ses joueurs. Il l’a fait ensuite, mais trop tard. La cassure avec les dirigeants était déjà consommée et il n’y avait plus de marche arrière. De leur côté, Benatia et Longoria n’ont pas désamorcé l’incendie.
Les deux joueurs sont partis et la fin du mercato s’est emballée. Comme si cet épisode avait servi de prétexte pour faire vaciller le peu de stabilité qui restait et relancer la machine à recruter. Bouléguer pour bouléguer.
Un entraîneur gouverné par l’instant
À Marseille, Roberto De Zerbi n’a jamais triché avec sa nature. Son management repose sur la conviction, l’intensité et l’instinct. Sa force a souvent porté l’équipe. Elle a aussi fini par la fragiliser.
Au fil des semaines, l’Italien, que le manque de sommeil semblait rendre moins lucide, a multiplié les décisions à chaud. Coachings ratés, mises à l’écart brutales, messages acides adressés publiquement à son vestiaire… Il a parfois donné l’impression de perdre pied. Sa qualité n’était pas en cause. Très récemment encore, il a prouvé qu’il savait trouver les leviers tactiques et mentaux pour transcender un groupe. Mais un éclair ne suffit pas à effacer l’usure d’une saison.
Une direction ni stable ni sereine
De Zerbi aurait eu besoin, à ses côtés, de dirigeants capables de tempérer. D’un cadre qui absorbe les secousses plutôt que de les amplifier.
Longoria et Benatia n’ont pas tenu ce rôle. Dans un environnement déjà électrique, certaines décisions ont accentué les tensions au lieu de les apaiser, quand leur fonction consistait précisément à mettre de la distance, protéger le vestiaire et éviter qu’un incident ponctuel ne donne lieu à une crise.
La saison passée avait déjà fait office d’avertissement, avec une gestion discutable des erreurs d’arbitrage et la colère lunaire du président à Auxerre. Une scène restée comme le symptôme d’un club qui se laisse gouverner par l’émotion.
Longoria a des qualités que personne ne peut contester. Mais il lui manque parfois cette maturité que réclame le poste. Ces derniers mois, son imprévisibilité a peut-être privé le staff et les joueurs de la sérénité minimale pour travailler, poser des repères et traverser les zones de turbulences.
Une fin de cycle brutale
En début de semaine, la séparation avec De Zerbi a fait l’effet d’un séisme. La démission de Benatia, ce dimanche, en a été la réplique. Deux secousses inattendues pour un club qui pointe au quatrième rang de Ligue 1.
La première raconte surtout l’épuisement d’un entraîneur qui ne se reconnaissait plus dans la dynamique de son groupe, après plusieurs revers qui l’avaient vidé. Comme ce fut le cas pour beaucoup de ses prédécesseurs, l’aventure s’est achevée précipitamment.
On note que l’ancien de Brighton est parti quelques jours seulement après avoir évoqué l’idée de s’inscrire dans la durée. Deux semaines plus tôt, Longoria le présentait comme son possible Diego Simeone. Cet OM lessive ses entraîneurs.
On peut aussi regretter qu’un directeur sportif quitte le navire en pleine saison. Ça ressemble plus à une fuite qu’à un acte de caractère.
Une gouvernance dans l’œil du cyclone
Avant le départ du Benatia, Longoria et lui étaient au cœur des critiques. D’abord parce qu’ils étaient silencieux. Aucun des deux n’avait jugé nécessaire de prendre la parole ces derniers jours.
Ensuite parce que la seule piste évoquée pour succéder à De Zerbi menait à Habib Beye, coach sans expérience probante. Comme lors de la séquence Gattuso-Gasset, on pouvait légitimement s’interroger sur les ambitions qu’il restait à cette direction pour la fin de saison. On en oublierait presque que l’effectif dispose d’un potentiel rarement vu depuis le début du siècle.
Les deux dirigeants ont réalisé quelques exploits au mercato, mais leur stratégie du mouvement perpétuel (tout changer, tout le temps, sans laisser le temps à un groupe de mûrir) a fini par saborder leur propre travail. On ne construit pas un édifice sur du sable, même avec une superstructure qui en met plein la vue.
Le Vélodrome en colère
Lors de la réception de Strasbourg (2-2), la contestation a franchi un palier. Les groupes de supporters ont affiché leur colère à travers des banderoles réclamant des changements au sommet de l’organigramme. Ils ont même vainement tenté d’atteindre la loge présidentielle.
Le scénario du match a nourri ce climat. Alors que l’OM menait, deux buts encaissés en fin de rencontre ont donné un peu plus d’écho à la fronde. Comme si l’équipe reproduisait les failles qui minent le club au sommet : se laisser déborder par l’émotion et se caguer dessus dans les temps faibles. Le terrain comme miroir de l’institution.
Frank McCourt a cette fois été visé. On peut considérer ça comme injuste, tant le propriétaire se montre fiable depuis des années pour renflouer les caisses et maintenir un minimum d’ambitions. Dans certaines associations de supporters, l’instant l’emporte souvent sur la nuance. Et la réflexion n’a pas toujours sa place dans le débat.
Les limites du règne Longoria
L’explication par le « contexte marseillais » revient à chaque tempête comme un parapluie usé que l’on déplie par réflexe. Mais cette fois, la pression locale ne suffira pas à tout justifier.
La responsabilité interne saute aux yeux. Celle d’une direction qui alimente elle-même les crises, sans le vouloir, par des réactions irréfléchies et une instabilité chronique.
Au-delà de la contestation immédiate, une question plus importante se pose. Jusqu’où McCourt, qui a investi plus de 600 millions d’euros, acceptera-t-il d’être la cible ? Que se passerait-il si, lassé, il décidait un jour de réduire la voilure ? Ce scénario ouvrirait un gouffre autrement plus profond.
Cet OM donne surtout l’impression de manquer d’une voix qui tienne la barre quand la mer se lève. L’absence de cap lisible a contaminé le vestiaire. Or à Marseille, le maillot ne pardonne pas la résignation. Il impose une réponse. Il exige la capacité à ne rien lâcher.
Longoria est un dirigeant intelligent, qui a réalisé des coups remarquables. Mais la présidence de l’OM ne se résume pas à recruter. Elle exige une épaisseur dans la crise, une autorité calme et une voix qui porte sans trembler. Marseille lui a offert le costume. Reste à savoir s’il saura se remettre en question pour, enfin, l’habiter.
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